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Comprendre18 août 2026·5 min de lecture

Pourquoi je m'excuse tout le temps

« Désolé de te déranger », « désolée pour le retard », « pardon, juste une question » : l'excuse réflexe n'apaise rien et affaiblit tout ce qui suit.

« Désolé de te déranger. » « Pardon, j'ai une question. » « Excuse-moi, je peux passer devant ? »

Aucune de ces phrases ne répare quoi que ce soit. Rien n'a été cassé. Elles ne s'excusent pas d'un tort : elles s'excusent d'exister dans l'espace de l'autre.

Ce que fait vraiment l'excuse réflexe

Elle annonce, avant même votre demande, que vous la considérez comme illégitime. L'interlocuteur reçoit donc deux messages simultanés : la demande, et l'information que vous n'y croyez pas tout à fait vous-même.

Il traitera le second en priorité. C'est ce qui explique une expérience très commune : plus on s'excuse, moins on est pris au sérieux — et moins on est pris au sérieux, plus on s'excuse.

Ce qui se cache derrière

L'excuse réflexe est presque toujours une demande de permission déguisée. Elle vérifie, avant de parler, qu'on a le droit de parler.

Elle est aussi une assurance : si la demande est mal reçue, l'excuse préalable amortit le choc. C'est un mécanisme de protection efficace à court terme, coûteux à long terme, exactement comme le oui automatique.

Le remplacement, pas la suppression

Chercher à « ne plus s'excuser » ne fonctionne pas : on ne supprime pas un automatisme par une interdiction. On le remplace.

  • « Désolé de te déranger » → « Tu as deux minutes ? »
  • « Désolée pour le retard » → « Merci de m'avoir attendue. »
  • « Pardon, juste une question » → « J'ai une question. »

Le troisième cas est le plus instructif : il suffit de retirer, rien n'a besoin d'être ajouté. La phrase fonctionne mieux nue.

Le deuxième mérite qu'on s'y arrête. Remplacer l'excuse par un remerciement change complètement la position : on ne se met plus en dette, on reconnaît un geste. La relation y gagne, et vous aussi.

Quand l'excuse est justifiée

Il ne s'agit évidemment pas de ne plus jamais s'excuser. Quand vous avez réellement causé un tort, l'excuse est nécessaire — et elle est d'autant plus audible qu'elle n'est pas noyée dans trente excuses quotidiennes sans objet.

C'est le paradoxe : les personnes qui s'excusent le plus souvent sont celles dont les excuses portent le moins.

L'exercice pour la semaine

Ne cherchez rien à changer. Comptez seulement. Pendant trois jours, notez chaque fois que vous vous excusez sans avoir causé de tort — dans un message, au téléphone, en réunion.

Le simple comptage produit un effet que la volonté seule n'obtient pas : il rend l'automatisme visible au moment où il se déclenche. Et un automatisme visible n'est déjà plus tout à fait un automatisme.

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